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«Alfi Global Distribution Conference»

Quand l'Alfi drague les fintechs

Comment l'industrie des fonds d'investissement fait face à la vague «fintech»

PAR NADIA DI PILLO

L'Association luxembourgeoise des fonds d'investissement (Alfi) a ouvert ce mardi sa traditionnelle «Alfi Global Distribution Conference». Le sujet qui a fait l'objet de toutes les attentions était indéniablement la fintech, un secteur en plein développement, à l'intersection de la finance et de la technologie.

Lors de son intervention, le ministre des Finances, Pierre Gramegna, a souligné que «la vague fintech va révolutionner non seulement l'industrie bancaire, mais également le secteur des fonds d'investissement». Il a rappelé que les investissements annuels dans les fintechs se sont envolés de 2008 à 2013, passant de 928 millions de dollars à 2,97 milliards de dollars. Ils devraient atteindre entre six et huit milliards d'ici à 2018, selon un rapport d'Accenture. La marge de progression reste importante en Europe, «car nous sommes aujourd'hui à la traîne. Nous devons rattraper notre retard au plus vite», a ajouté le ministre. A cet égard, la place financière luxembourgeoise est d'ores et déjà bien positionnée avec un écosystème fintech fort de 150 entreprises. Le pays peut notamment faire valoir son expertise en matière de confidentialité et de protection des données privées. «Nous avons abandonné le secret bancaire, mais pas la confidentialité des données», a ajouté le ministre avant de conclure que «le Luxembourg est une partie de la solution».

Vers des solutions «robo advisors»

Signe de l'importance que l'Alfi accorde à l'essor de ces starts up, un «fintech corner» a permis à six sociétés de présenter leurs innovations au public, notamment à l'occasion de pitchs de cinq minutes. Parmi elles, la société «Gambit Financial Solutions» qui propose des services entièrement automatisés de type «robo advisors». «Nous avons rassemblé ici toute notre technologie sous des algorithmes», explique son CEO, Geoffroy de Schrevel. «Notre robo advisor 'Birdee' est un outil qui va être destiné soit à l'industrie des fonds d'investissement pour distribuer ses produits en direct auprès de l'investisseur final, soit à l'investisseur final lui-même qui va constituer et gérer son portefeuille de manière purement automatisée». Fini donc les intermédiaires traditionnels. Le producteur de fonds pourra vendre en direct ses produits au client à partir d'un investissement de 1.000 euros. «On entre vraiment dans une démarche banque privée avec une gestion discrétionnaire, mais très automatisée, de très grande qualité et qui s'appuie sur des algorithmes assez puissants qui vont rebalancer le portefeuille, l'optimiser et donner à l'investisseur à chaque moment, 24 heures sur 24, l'état de son portefeuille, duquel il pourra d'ailleurs sortir à tout moment», poursuit le dirigeant. «L'investisseur sait également à chaque instant quelle est la valeur de ce portefeuille, quelle est la probabilité d'avoir un certain nombre de gains et quel est le risque de son investissement».

L'entrepreneur indique également que le jargon de l'industrie des fonds d'investissement est banni du site web. «Nous nous adressons aux personnes qui ne s'intéressent pas à la finance, car il ne faut pas oublier que 95 % de la population n'a pas ou peu d'intérêt dans le secteur financier. Beaucoup d'individus se sentent exclus d'un dialogue avec leur banquier et c'est à eux que nous nous adressons en priorité», précise Geoffroy de Schrevel.

Des solutions pour les administrateurs

Autre fintech, autres solutions. La société «loomion» se consacre à la création de portails numériques sécurisés pour les conseils d'administration des «corporate» et des fonds d'investissement. «Notre produit facilite l'accès à des informations pertinentes dans un environnement sécurisé, pour tous les membres d'un conseil d'administration», explique Markus Bosch, COO de loomion. Créée à Bâle en 2013, la société a aussi installé une antenne à Luxembourg. «La plate-forme ne permet pas seulement d'échanger des informations confidentielles, mais également de participer à des collaborations. Pour les professionnels de l'industrie des fonds, elle permet de prendre en charge des flux de travail et de mieux maîtriser la masse de documents dans un souci d'efficacité».

La start up luxembourgeoise The MarketsTrust propose, quant à elle, des outils de gestion du risque financier. Son projet, financé en partie par le programme de recherche Horizon 2020 de la Commission européenne, consiste à créer une agence européenne de notation. Il s'agit très clairement de concurrencer les mastodontes Standard & Poor's, Fitch et Moody's qui dominent le marché depuis des années. «Nous considérons qu'il est temps d'en finir avec ce business model. La crise financière de 2007 nous a clairement démontré que les agences de notation ont fait exactement le contraire de ce qu'elles sont censées faire et qu'elles ont ralenti la prise de conscience des dangers à venir avant la crise en sous-évaluant les risques sur les marchés financiers. Donc, ce que nous proposons c'est une solution purement technologique pour évaluer un certain nombre de produits financiers. Nous proposons également des rapports de recherche réalisés sans la moindre intervention humaine en quelque sorte. Il s'agit en d'autres termes de créer un google des ratings», explique Krassimir Kostadinov, conseiller et Head of quantative research.

Pour l'instant, la société s'est concentrée sur l'évaluation des «co-co bonds», qui sont des obligations qui sont converties en capital dans le cas où la banque émettrice se retrouve en manque de capitaux propres. Mais à terme, l'objectif est d'intégrer d'autres types d’instruments financiers complexes dans la plate-forme et de proposer aux investisseurs un suivi en temps réel du risque associé à leur portefeuille de produits complexes.

«Nous espérons progresser à grands pas et atteindre d'ici trois ou cinq ans un effectif total de 200 personnes».

On le constate au travers de ces trois exemples, les fintechs affichent de grandes ambitions. A l'image de l'industrie des fonds d'investissement qui veut aller de l'avant...


Luxemburger Wort vom Mittwoch, 16. September 2015, Seite 15